mardi 29 janvier 2013

LA PITOYABLE FIN DE GERRI



GERRI, c’est fini.  Didier Robert, le Président du Conseil Régional, vient de l’annoncer, la collectivité qu’il dirige se retire du projet GERRI. Pour mémoire, GERRI, c’était « le premier enfant du Grenelle  de l’Environnement » comme disait Jean-Louis Borloo lorsqu’il était Ministre de l’Ecologie. Effectivement, le 25 octobre 2007, Nicolas Sarkozy, devant un parterre de personnalités dont Al Gore, clôturait le Grenelle  en s’exclamant « Et je vous annonce que dès 2008, nous engagerons le programme Réunion 2030 ». Seul territoire nommément cité par le Président, La Réunion  devait incarner l’innovation et l’excellence écologique.
Le Secrétaire Général aux Affaires Régionales de la Préfecture, Jean Ballandras, rédigeait alors un programme dont la rhétorique un peu pompeuse présentait GERRI (pour GreenEnergy Revolution Reunion Island ) comme une sorte de New Deal écologique et économique, voire, une révolution sociétale dont l'ambition était comparable, selon lui, au Centre Spatial Guyanais ou au Centre d’Expérimentation du Pacifique . Avec GERRI  il s’agissait de faire de La Réunion « le premier territoire aumonde où la totalité des déplacements se fera sans recours aux énergiesfossiles ». Politiquement, il s’agissait surtout pour le gouvernement de faire pièce au projet d’autonomie énergétique défendu par Paul Vergès en obligeant la Région à entrer dans un partenariat avec l’Etat. 
Mais très vite, il est apparu que GERRI, sans financement ni véritable projet politique de développement, n’était qu’une coquille vide. Même le programme d’expérimentation de véhicules électriques lancé en janvier 2010 par Nicolas Sarkozy à La Réunion devant les patrons de grands groupes industriels (Renault, EDF, Groupe Hayot, etc.) est un cuisant échec. Au final, au lieu des 50 voitures électriques prévues, il faudra se contenter de 15 Kangoo  et trois Fluence ZE achetées par des collectivités. Véhicules qui émettront plus de CO2 que les moteurs thermiques puisque l’électricité réunionnaise est pour l’essentiel issue de ressources fossiles importées. C’est donc la fin d’une écologie conçue par des experts et des technocrates comme un gadget technologique que l’on tente de vendre à l’opinion publique par un discours grandiloquent, totalement coupé des réalités réunionnaises. La décision du Conseil Régional était cependant  prévisible depuis le changement de majorité en 2010. Les liquidations successives de la recherche en géothermie, du tram train ou de GERRI ont constitué les étapes obligées d’un programme bien précis, l’enterrement de 1ère classe du rêve d’autonomie énergétique de La Réunion. Avec une nouvelle route du littoral à 2,7 milliards d’euros pour 12 km, 800 000 véhicules sur les routes en 2020 et une nouvelle centrale thermique au Port-Est, c’est au contraire, la dépendance énergétique qui va s’accentuer fortement et alourdir la facture des importations. Six ans après l’ivresse du Grenelle de l’Environnement, aujourd’hui, c’est plutôt la gueule de bois.

mercredi 16 janvier 2013

PLAGES DE L’OUEST, CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE

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Effondrement décembre 2012
l'esplanade effondrée


L’effondrement de l’esplanade surplombant la plage des Roches Noires n’est qu’un nouvel épisode du phénomène d’érosion qui affecte 50 % des côtes réunionnaises et qui semble désormais irréversible du fait d’une artificialisation croissante du littoral réunionnais. L’enrochement auquel la mairie de Saint-Paul a procédé pour parer au plus pressé, est symptomatique de l’étroitesse des marges de manœuvres des élus. On va peut-être freiner l’érosion mais en accentuant l’artificialisation du rivage on le fragilise encore plus et on se condamne à devoir recommencer inlassablement la même opération. 

Les Roches Noires il y a quelques années

enrochement : on pare au plus pressé

Depuis cinquante ans, la pression exercée par les activités humaines s’est considérablement accrue à La Réunion, plus particulièrement sur le littoral où est concentrée la population. Ce sont d’abord  de grands travaux d’artificialisation qui sont à l’origine des menaces, comme par exemple l’endiguement des ravines, la construction de ports, de digues, de l’aéroport de Gillot et de la route du littoral. 




pose de tétrapodes sur la route du littoral (Imazpress)

Cette dernière doit d’ailleurs être régulièrement consolidée par l’ajout de tétrapodes pour éviter qu’elle ne s’enfonce dans la mer. Toutes ces grandes infrastructures modifient les transferts sédimentaires côtiers et ont comme conséquence indirecte l’érosion de portions du littoral éloignées du lieu de leur construction.
Ainsi au Port, la Pointe des Galets a subi une érosion  de 230 m en 50 ans en raison de la perte des sédiments qui provenaient de la Rivière des Galets et qui sont désormais bloqués par la jetée sud du Port Ouest. Le même phénomène affecte le front de mer de Saint Benoît depuis la construction de la digue du Butor. 


Endiguement de la Rivière des Galets, Port Ouest et Pointe des Galets
digue du butor et érosion du littoral (BRGM)


Les menaces, ce sont aussi des activités  comme l’extraction d’alluvions dans les rivières ce qui a comme conséquence de limiter l’apport en sédiments ou encore la dégradation des récifs coralliens qui perturbe leurs fonctions régulatrices.
Enfin, le non respect de la loi Littoral s’est traduit par la multiplication des constructions en dur empiétant sur la zone  de stocks sableux qui permettait une régénération naturelle des plages par le mouvement des vagues.


document BRGM
 Désormais, l’action de la houle a un impact surtout destructeur. 



La disparition de la plage de Saint-Pierre en face de l’ex gendarmerie en est l’exemple le plus frappant.
   
disparition de la plage à Saint-Pierre

Dans le contexte du changement climatique et de l’élévation du niveau des océans, l’avenir des plages réunionnaises est  donc très incertain. A quoi il faut ajouter la menace que fait peser le projet de la nouvelle route du littoral dont une large partie reposera sur deux digues monumentales.

Digue NRL

Celles-ci, d’une longueur totale de près de 7 km, auront  100 m de large à la base et une hauteur de 18 m au-dessus de l’océan au lieu de 4 m actuellement ! Elles vont nécessiter près de 22 millions  de tonnes de matériaux, 18 millions de tonnes de remblai et d’enrochements et 4 millions de matériaux alluvionnaires donc l’extraction aura aussi un coût environnemental. Ces digues auront, en dépit des dénégations officielles, des impacts importants sur le littoral dans la mesure où elles vont modifier les transits sédimentaires.
A Maurice, en Thaïlande, de vastes programmes de lutte contre l’érosion des plages sont mis en place, mais comme à La Réunion, il s’agit en général de travaux accentuant l’artificialisation des côtes et qui risquent de s’avérer coûteux, insuffisants, voire contre-productifs. Reste la stratégie du repli des activités humaines, ce qui supposerait une transformation radicale des activités économiques et d’un mode de vie qu’on aurait pu croire immuable.

lundi 19 novembre 2012

AFFAIRE "LAV A MOIN +", LES LABORIEUSES ET DISCUTABLES EXPLICATIONS DU PROMOTEUR

On se souvient qu'ici même (là), j'ai récemment évoqué de possibles infractions au code de l'urbanisme à Saint-Denis à propos d'un bail et d'un permis de construire précaire accordés par la mairie à un entrepreneur qui s'apprête à ouvrir  une station de lavage de véhicules baptisée "Lav a moin +". Le promoteur de cette opération vient de tenter de se justifier dans une interview donnée (ici)  au site d'information Imazpress qui,  le premier, avait évoqué cette affaire en juillet 2012. Yves Turgis, c'est le nom de ce promoteur ne s'embarrasse pas de nuances : selon lui, "tout a été fait dans les règles", sa station est "écologique", tout juste concède-t-il quelques erreurs pour justifier un permis de construire accordé après les travaux. Quant à la coïncidence que j'évoquais entre ce bail "amical" concédé par la mairie de Saint-Denis et le fait qu'il ait appelé en juin 2012 à voter pour la 3ème adjointe, candidate socialiste pour les législatives, c'est une "rumeur" !
Pas de chance pour M. Turgis, on peut encore le vérifier ici, il fait bien partie des vingt "personnalités"  ayant appelé à voter pour cette candidate, ce n'est pas une rumeur, c'est un fait. Le reste des propos de M. Turgis n'est qu'un tissu de réponses approximatives et de contrevérités. Le bail accordé par la mairie est bien illégal, l'adjoint qui l'a signé n'avait pas la délégation de signature,  le permis de construire précaire, au delà du fait qu'il est accordé après la construction de la station, contient bien de nombreuse irrégularités. Il s'agit bien d'une zone urbaine verte donc inconstructible sauf dérogations bien particulières. A quoi, il faut ajouter qu'il semble confirmé qu'une partie du terrain   se situe bien dans la zone des 50 pas géométriques. Bref, l'accord passé entre la mairie et M. Turgis est bien entaché de nombreuses irrégularités.

Le  raccordement électrique d'EDF

Une question évidemment se pose : pourquoi M. Turgis bénéficie-t-il d'une telle attention de la part de la municipalité d'autant plus que le bail aurait dû être résilié puisque le promoteur ne respecte pas les délais. A ce propos, dans son entretien avec la journaliste d'Imazpress,  il affirme  que le retard des travaux serait  dû à des problèmes d'alimentation électrique. C'est vrai que le raccordement au réseau EDF n'existait pas mais l'artisan a pourtant travaillé pendant des mois avec des groupes électrogènes, ça n'explique donc pas le retard actuel. D'après nos informations, le chantier aurait été arrêté par l'artisan lui-même suite à un différend avec le promoteur. Qu'en est-il exactement ? Quel est l'objet du différend ?



Ma station est "écologique" ose affirmer M. Turgis. Qu'il nous permette d'en douter. Sur le plan environnemental, il ne répond à aucune des questions que nous posions. A-t-il obtenu une autorisation de déversement des eaux industrielles ? Si, oui, de qui la tient-il ? Du Maire de Saint-Denis ? Quel dispositif sera utilisé pour traiter ces eaux fortement polluées? Y aura t il un séparateur d'hydrocarbures ? Quel dispositif est prévu pour l'évacuation des eaux après traitement sachant que la ligne d'évacuation des eaux usées qui passe sous la rue Léopold Rambaud est située au dessus du niveau  de la station, ce qui nécessiterait une station de pompage, inexistante à notre connaissance ? Toujours d'après nos informations, une chaudière est installée dans un local technique avec une cuve à mazout pour l'alimenter.  Les normes environnementales pour ce type d'installation ont-elles été respectées ? Y a t il  un véritable bac de rétention ou une simple fosse qui laisserait craindre alors un  risque de pollution du milieu naturel ?   La DEAL (Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement) n'a t-elle pas son mot à dire ? A t elle été consultée?
En résumé, cette station de lavage, contrairement aux affirmations fantaisistes de M. Turgis n'a rien d'écologique,  elle se caractérise même selon nous par une totale désinvolture envers les contraintes environnementales.

Il  apparaît enfin que les trois entités, la station de lavage, le restaurant et le magasin de pièces détachées, sont suffisamment séparées pour autoriser trois sociétés différentes à les exploiter. Or, le bail accordé par la mairie s'il précise bien que le bénéficiaire ne pourra sous louer les lieux, spécifie néanmoins que "toutes sociétés exploitantes pourront se substituer à Sogis Invest". Bref, trois personnes ou trois "équipes" différentes pourraient exploiter, qui le restaurant, qui le magasin, qui la station.
Quels seraient alors  les heureux bénéficiaires de ces activités très bien situées ?
Voilà des questions auxquelles on s'en doute, M. Turgis n'est pas pressé de répondre. Mais nous aurons, nous, certainement l'occasion de reparler de "Lav a moin +", de son promoteur et de ses liens avec la mairie du chef lieu.


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mardi 13 novembre 2012

OPÉRATION DE COMMUNICATION SUR LA ROUTE DES TAMARINS

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Photo Imazpress
Le dimanche 18 novembre 2012, la Région Réunion renouvellera son opération « Routeouverte » sur la route des Tamarins. Vélos, rollers, marche à pied, la route sera ce jour-là  dédiée aux modes doux de déplacement et on peut être assuré que des animations « festives »  célébreront la politique de développement durable du Conseil Régional et rappelleront opportunément que Didier Robert a déclaré 2012, « année de l’écologie et de la biodiversité ». Cette collectivité va même jusqu’à présenter cet événement comme marquant « une volonté de générer un changement de comportement en matière de déplacement et de contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre dues aux transports ».
La réalité est hélas bien différente. En 2011, les ventes de  4 x 4 et de véhicules tout terrain ont augmenté de 53 % à LaRéunion (chiffres du Comité des Constructeurs Français d’Automobiles). La part du transport collectif (bus et taxi) qui représentait il y a encore vingt ans, près de 30 % des modes de déplacements, est aujourd’hui tombée à 6 %, les Réunionnais n’ont quasiment plus d’alternative à la voiture individuelle.
Et la Région porte actuellement la responsabilité du plus grand projet routier jamais entrepris à La Réunion,  une route pharaonique aux conséquences destructrices sur la biodiversité terrestre et marine. Cette fameuse nouvelle route du littoral dont le coût réel est d’environ 2,5 milliards d’euros pour  12 km, va notamment détruire le banc corallien des Lataniers en baie de La Possession, une « formation remarquable sur le plan écologique », dont l’Autorité Environnementale (Ministère de l’Écologie) rappelait dans un avis du 22 octobre 2009, qu’il devait être impérativement sauvegardé. Quant au Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN) de La Réunion, instance constituée de vingt deux scientifiques locaux mais que la Région n’a  pas consultée, il met en garde contre les impacts environnementaux « irréversibles » qui résulteront des digues monumentales nécessaires à un tel projet  et contre  la perte de l’écosystème d’une « falaise unique au monde ». 

Des digues monumentales exigeant 18 millions de mètres cubes de matériaux de remblai

L’extraction des 18 millions de mètres cubes de matériaux de remblai nécessaires exigera 550 000 rotations de camions pendant les sept années du chantier, soit 215 rotations par jours qui ne contribueront certainement  pas  « à la réduction des émissions de gaz à effet de serre ».  Il est enfin fort probable que les nuisances acoustiques provoquées par les travaux d’édification des piles du viaduc auront un impact majeur sur la faune marine au point que les baleines à bosses pourraient bien déserter les côtes de La Réunion. Si on ajoute que le littoral réunionnais est déjà le plus bétonné de l’outremer, on saisit parfaitement tout le cynisme de cette  opération de communication  du 18 novembre qui n’a d’autre but  que d’occulter la régression de l’écologie et les lourdes menaces qui pèsent désormais sur la biodiversité locale.

jeudi 1 novembre 2012

INFRACTIONS AU CODE DE L’URBANISME À SAINT-DENIS ?


L’étroite bande de terrain située, à l’est de la ville, entre la rue Léopold Rambaud et la N2 est bien connue des automobilistes dionysiens souvent coincés dans les embouteillages. Elle est classée au Plan Local d’Urbanisme de  Saint-Denis en zone UVl, c’est à dire en zone urbaine verte, donc inconstructible sauf dérogations bien particulières.


zone entre la N2 et la rue Léopold Rambaud (cliquer pour agrandir)

Or, au 85 de la rue Rambaud, depuis des mois, on a pu voir sortir de terre un ensemble de constructions assorties de panneaux indiquant qu’allait bientôt ouvrir une station de lavage de véhicules dénommée « LAV A MOINS +».  Chose étrange : ce chantier n’a  longtemps  arboré aucun panneau indiquant l’existence d’un permis de construire.


Le panneau de la station


Période de travaux sans affichage de permis de construire

 Il apparaît pourtant que la Mairie de Saint-Denis a bien signé dès le 18 octobre 2010, il y a deux ans, sans  appel à la  concurrence, un bail avec la société « EURL SOGIS INVEST » pour une « occupation précaire » de quatre parcelles du domaine  privé appartenant à la régie funéraire. Elles sont mises à la disposition de la dite société, non seulement pour une activité de lavage de véhicules mais aussi pour l’exploitation d’un restaurant et la « vente d’accessoires et produits divers ».
 
bail signé par un adjoint n'ayant pas la délégation

 Le bail est de dix ans  et spécifie que le preneur doit démarrer son activité dans un délai de cinq mois à dater de la signature. Un avenant, signé le 17 février 2011, reporte le délai pour le démarrage à cinq nouveaux mois mais dans les faits, un an et demi plus tard, aucune activité n’a encore commencé. Saisi par un citoyen obstiné - et bien informé - qui s’étonnait des irrégularités, l’adjoint délégué à l’urbanisme de la Mairie s’est empressé  de signer, après le quasi achèvement des travaux, un permis de construire précaire le 28 juin 2012. 
 
permis de construire précaire rétroactif

Une telle désinvolture à l’égard du code des  collectivités locales  et du  code  de l’urbanisme pose un certain nombre de questions. En effet, l’élu qui a signé le bail et son avenant n’avait aucune délégation de signature pour le faire, ce qui rend illégal ce document liant la commune et cet opérateur. Les quatre parcelles en question étant propriété de la régie funéraire, la Mairie avait-elle le droit de les louer à une entreprise privée pour exercer une activité commerciale, sans  aucun appel à  concurrence? Le bail lui-même est une monstruosité juridique puisque, s’agissant de terrains du domaine privé de la ville, il aurait dû prendre la forme d’un bail commercial, or le document dans son article 1 prétend au contraire déroger à la législation de droit commun. Pourquoi ? Pourquoi ce contrat permet-il, contrairement  à la réglementation  sur les  locations,  une  sous-location  à un exploitant  qui n’est pas désigné  dans le  bail ?  L’autorisation aurait dû au demeurant être résiliée (article 7 B) puisque la société n’a toujours pas respecté ses obligations contractuelles en terme de délais, pourquoi cela n’a-t-il pas été fait ?

Deux ans après, la société n'a toujours aucune activité


La situation pourrait être même plus complexe puisque non seulement les parcelles sont situées dans une zone  bénéficiant  d’une protection forte  au  titre du SAR mais elles semblent être, qui plus  est,  à l’intérieur de la zone des 50 pas géométriques (81 m du rivage) ; elles relèveraient alors du Domaine Public Maritime (loi Littoral du 3 janvier 1986).
extrait du cadastre


Pourquoi le permis de construire est-il postérieur aux travaux ? Pourquoi passe-t-il sous silence un nombre impressionnant d’éléments : la régie funéraire comme véritable propriétaire des terrains, l’objet de l’autorisation, une durée de deux ans en contradiction avec le bail, etc. ? Une telle installation est-elle compatible avec le classement en zone urbaine verte située dans la zone des 50 pas géométriques ? Quid des équipements permettant de capter les boues et les polluants en vue d’un retraitement par des entreprises spécialisées ? Quid du dispositif autorisant le raccordement au réseau des eaux usées ? Il est clair que notre promoteur une fois installé sur cette zone stratégique pour le réaménagement du littoral dionysien, sera difficilement délogeable dans dix ans s’il fait fonctionner une station de lavage, un restaurant et un magasin.

plus de 3500 mètres carrés : station mais aussi restaurant et magasin

Enfin, un détail nous interpelle : cette autorisation litigieuse a été accordée à une société appartenant à un homme d’affaires ayant appelé publiquement en juin 2012 à voter aux législatives en faveur de la candidate socialiste à Saint-Denis. Certes, c’est son droit le plus absolu mais il s’agit quand même d’une bien étrange coïncidence. Saisi par un courrier que lui a adressé il y a cinq mois notre citoyen obstiné, le Maire de Saint-Denis n’a pas daigné répondre. Nous souhaitons donc que M. le Préfet, garant de l’état de droit et du respect de la réglementation, s’exprime sur cette affaire.

dimanche 23 septembre 2012

NERVOSITÉ ET OPACITÉ AUTOUR DE LA NOUVELLE ROUTE DU LITTORAL

Didier Robert  vient d’installer un « comité de suivi » de la Nouvelle Route du Littoral. La conférence de presse qu’il a donnée dans la foulée fut  l’occasion de vérifier que les partisans  du tout automobile semblent perdre leur sang froid  face aux obstacles qui s’accumulent devant ce projet insensé. Comme Michel Vergoz il y a quelques jours, le Président de Région qu’on a connu plus pondéré, vient de se livrer à des attaques strictement personnelles contre les opposants à cette  véritable « autoroute » sur la mer. Il est vrai que le 25 septembre 2012, sur une question de la sénatrice Aline Archimbaud, le nouveau gouvernement va devoir enfin dire s’il s’implique ou non dans ce projet  rétrograde, mal ficelé et coûteux, soutenu depuis deux ans par le gouvernement de M. Fillon. D’autre part, comme il est légitime en pareil cas, l’opposition régionale a formulé un  recours en annulation visant la totalité de la déclaration d’utilité publique (DUP) accordée en mars dernier par le Préfet.  Et il y  aura certainement d’autres recours puisque une nouvelle  enquête publique  pour l’implantation de la route sur le Domaine Public Maritime (DPM) sera nécessaire, suivie, elle aussi d’un arrêté de DUP. Bref, il y a de quoi rendre nerveux le Président de Région.  D’autant plus que celui-ci est parfaitement informé des faiblesses de son projet, notamment sur le plan financier et environnemental. Personne ne croit que la route restera dans l’enveloppe prévue de 1,6 milliards. Or, c’est ce point crucial des accords de Matignon qui a véritablement obligé la Région à choisir la variante la moins coûteuse mais la pire sur le plan écologique. L’impact environnemental des deux digues monumentales prévues étant le plus destructeur pour la biodiversité terrestre et marine, cette variante est la plus exposée à des recours juridiques.

Didier Robert a beau vanter son souci de la transparence et se gargariser de formules volontaristes, il sait que ce projet  suscite de plus en plus d’interrogations et de contestations comme en témoigne l’avis défavorable émis par le Conseil Scientifique Régional du Patrimoine Naturel (CSRPN). Le CSRPN de La Réunion est une instance consultative constituée de 22 spécialistes reconnus pour leurs compétences scientifiques et nommés par arrêté préfectoral.  Habituellement consulté pour les questions relatives à la protection du patrimoine naturel, le Conseil Scientifique  a  été délibérément tenu  à l’écart du dossier de la Nouvelle Route du Littoral au point d’avoir été obligé de s’auto saisir pour émettre son propre avis. Cet avis émis à l’unanimité des présents et représentés, est clairement défavorable à la variante avec digues mais il n’a pas été  pris en compte dans le cadre de l’enquête publique comme le demandait pourtant le CSRPN. La  transparence a quand même des limites. Dans cet avis, le  Conseil Scientifique Régional épingle sévèrement le contenu du dossier d’étude d’impact : des études préalables imprécises, des erreurs, des oublis, des contradictions, des insuffisances dans l’évaluation des impacts qui  seront pourtant irréversibles sur « une falaise unique au monde », etc. Il critique aussi le  manque de sincérité de documents qui osent affirmer que les digues n’auront pas d’impacts en termes d’érosion du littoral alors que c’est l’une des conséquences les plus prévisibles et les plus graves de l’ouvrage sur digues. Le Conseil Scientifique interpelle donc le Préfet « sur un dossier contenant beaucoup de lacunes et d’incertitudes d’un point de vue environnemental »  et conclut en soulignant que le choix de la variante sur digues  « apparaît comme totalement inféodé au court terme ». Le Président de Région est en possession de cet avis depuis presque un an, il a certainement oublié  de le communiquer à son  « comité de suivi ».


jeudi 13 septembre 2012

LES ENJEUX DE LA CONFÉRENCE ENVIRONNEMENTALE

 
C’est aujourd’hui 14 septembre que s’ouvre à Paris  la Conférence Environnementale avec quatorze ministres et 300 participants (ONG, syndicats, entreprises).  Ce premier grand rendez-vous du gouvernement avec l’écologie  est d’autant plus attendu que l’éviction brutale de la 1ère Ministre de l’Ecologie, Nicole Bricq, victime du lobby des pétroliers, les positions pro nucléaire de plusieurs Ministres et le discours du Président de la République axé uniquement sur les vertus supposées de la croissance et du PIB, font peser de sérieux doutes sur la capacité du nouvel exécutif à rompre avec l’ancien modèle économique. L’un des enjeux de la Conférence est la question de la « transition énergétique ». C’est à dire, le passage d’un modèle énergétique reposant sur les ressources fossiles à un modèle où prédominent les énergies renouvelables. Or, sur ce plan, La Réunion est en régression, le taux de pénétration des énergies renouvelables dans la production électrique, y est passé de 47 % en 2000 à 32,5 % en 2009. L’objectif d’autonomie énergétique s’éloigne définitivement, notamment avec l’arrivée de la nouvelle centrale au fuel du Port. Le projet phare du gouvernement précédent, GERRI, n’est plus qu’une coquille vide  et le projet VERT (Véhicules Electriques pour une Réunion Technologique) lancé en grandes pompes le 19 janvier 2010 à Saint-Pierre par Nicolas Sarkozy qui devait à l’origine se traduire par une « première mondiale », la commercialisation massive de véhicules électriques sur notre île en 2012, est un échec.
Un autre enjeu de la Conférence est la mise en place d’une Stratégie Nationale pour la Biodiversité (SNB) qui permettrait d’inciter (contraindre ?) les élus locaux à agir en faveur des écosystèmes. Or, le projet de la Nouvelle Route du Littoral, le plus gros chantier jamais envisagé à La Réunion, est aussi celui qui fait peser le plus de menaces sur la biodiversité terrestre et marine. Un moratoire sur l’artificialisation du littoral réunionnais, le plus bétonné de tous les DOM, est indispensable pour préserver ce patrimoine. L’étalement urbain sera aussi au programme, c’est une préoccupation majeure pour la métropole mais vitale pour une petite île comme La Réunion où le tout automobile empêche toute maîtrise de l’aménagement du territoire. La Conférence aura le mérite de montrer que tout se tient, transition énergétique, aménagement du territoire, politique de déplacement, préservation de la biodiversité,  etc.
La question essentielle du financement sera aussi abordée avec la mise en place d’une fiscalité écologique. Nul ne sait encore ce qui sortira de cette Conférence Environnementale mais les atermoiements ne sont plus de mise, elle devra engager la rupture avec le schéma productiviste. La Réunion, dont l’addiction aux hydrocarbures est le résultat d’une politique absurde qui favorise l’importation d’énergies fossiles, tourne  le dos au développement durable. Les élus de tous bords qui jouent depuis des semaines au poker menteur sur la question du prix des carburants, sont-ils préparés à un éventuel retour de la taxe carbone ? Rien n’est moins sûr.