samedi 23 janvier 2010

GERRI (septembre 2008) Les enjeux de l'autonomie énergétique


La EV1 de General Motors

Au nom de La Réunion Solidaire, en septembre 2008, je pointai un certain nombre de difficultés que rencontrerait un plan de développement de voitures électriques à La Réunion:

GERRI : UNE DOUBLE REVOLUTION

GERRI ce n’est pas un mais deux projets différents avec chacun sa problématique. La difficulté majeure est que les deux sont interdépendants.
1er défi : l’autonomie énergétique. GERRI est un programme de production de masse d’électricité à partir d’EnR, notamment solaire.
2ème défi : la conversion en 20 ans du parc automobile actuellement en motorisation thermique à une motorisation électrique ou hydrogène. Les deux sont intimement liés : tant qu’il y a des véhicules à moteur thermique il n’y a pas d’autonomie énergétique et s’il n’y a pas production massive d’électricité à partir d’EnR, il n’y a pas d’avenir pour des voitures « propres ».

VEHICULES ELECTRIQUES : LE CONTRE EXEMPLE CALIFORNIEN
Acceptabilité sociale et incitation financière


Pour comprendre la complexité de la problématique d’une conversion du parc automobile à motorisation thermique en parc à motorisation électrique, il faut prendre un point de comparaison éclairant. En 1990, la Californie pour lutter contre la pollution récurrente, vote une législation contraignant les constructeurs automobiles à mettre sur le marché des modèles dits à « Zéro émission ». La loi fixe un échéancier et des quotas de véhicules électriques : 2% en 1998, 5 % en 2001 et 10 % en 2003. Les constructeurs automobiles ont adopté une double stratégie : ils ont produit des véhicules électriques, conformément à la nouvelle loi, mais ils l’ont combattue en engageant des procès et en faisant une campagne de dénigrement de ce type de motorisation. Cependant, stimulées par la législation, les voitures électriques font leur apparition en 1996 sur les routes californiennes. La EV1 de General Motors en est vite devenu le modèle emblématique.

Elle n’était pas vendue mais disponible en location longue durée. 800 modèles environ ont été mis sur le marché. Mais dix ans plus tard, les voitures électriques ont disparu. Que s’est-il passé ? En 2003, la Californie sous la pression de la pétro industrie et des menaces de procès des constructeurs automobiles, accepte finalement de réviser sa législation. C’est la fin du tout électrique. GM a repris ses voitures refusant de les vendre à ses propriétaires et les a envoyées à la casse.
(photo).
Le fait est que les adeptes de la EV1 étaient surtout des militants convaincus et que les constructeurs ont tout fait pour torpiller le projet. Pour en savoir plus, c'est ici

L’ACCEPTABILITE SOCIALE DES CHANGEMENTS TECHNOLOGIQUES

Le grand public s’est montré réticent face à une innovation technologique aussi nouvelle et les arguments simplistes mais efficaces des lobbyistes ont eu un impact réel : « ce n’est pas une vraie voiture », « c’est pour les riches », etc. On invoque aussi l’insuffisances des incitations financières qui n’a pas permis l’élargissement de la demande. Le destin de l’EV1 et l’échec de la loi californienne témoignent du rôle important des facteurs sociaux et psychologiques.
Comparaison avec La Réunion. En Californie, la source d’énergie primaire permettant de produire l’électricité était une énergie fossile, il n’y avait qu’une révolution, celle du choix et des comportements de l’automobiliste consommateur et elle a échoué en raison donc, de l’opposition des lobbies mais aussi de la sous estimation de l’acceptabilité sociale. Or, GERRI porte lui deux révolutions : il s’agit à la fois de convertir le système de production actuel à base d’énergies fossiles (86 % des ressources sont importées) en production électrique locale à base d’EnR et de convertir le parc automobile à moteurs thermiques en parc de véhicules propres.

La prise en compte de la question de l’acceptabilité sociale est essentielle dans la réussite ou l’échec d’un projet technologique qui doit modifier radicalement les habitudes et comportements des individus. Les voitures électriques sont-elles puissantes ? S’agit-il de « vraies » voitures, elles n’ont pas de levier de vitesse ? Sont-elles Fiables ? Suffisamment autonomes ? Plus chères que les voitures thermiques ? L’entretien est-il plus onéreux ? Y aura-t-il suffisamment d’énergie électrique produite pour les approvisionner ? etc. C’est en usant d’arguments simplistes mais efficaces que les lobbies du pétrole ont ruiné le projet.

COMMENT CREER UN PARC AUTOMOBILE PROPRE ?

Plusieurs problèmes se posent : comment opérer cette conversion ? Malgré une législation contraignante, les autorités californiennes ont échoué. GERRI ne prévoit pas de contraintes, La Réunion, département français, ne peut avoir une législation dérogatoire, seules des incitations financières sont prévues : régime d’importation spécifique portant d’abord sur les modèles d’entrée de gamme et préconisation de suppression de l’octroi de mer et de la TVA pour les 100 % électriques. GERRI souhaite aussi obtenir un prix d’achat préférentiel pour les VE inférieur au modèle thermique sans dire comment cela serait possible. L’achat d’une voiture relève d’un choix individuel, celui du consommateur. Au delà du problème de l’acceptabilité sociale, le choix est aussi déterminé par des considérations financières et tactiques : le prix d’achat d’un VE sera t il suffisamment attractif pour surmonter les doutes découlant de l’innovation ? Le réseau d’approvisionnement énergétique est-il suffisamment étendu et fiable pour se risquer à passer au tout électrique ?

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