Le Parti de Gauche
(PG) de La Réunion vient de s’aventurer sur le terrain de la gestion des
déchets en publiant dans la presse une tribune dans laquelle il évoque le Collectif
citoyen « Zéro déchet» dont il affirme partager la critique des
incinérateurs métropolitains et des multinationales qui accaparent le marché
des déchets. Mais il s’en démarque en jugeant « inatteignable » et
même « démagogique » l’objectif zéro déchet. Le PG reprend le refrain
usé des politiciens locaux qui depuis 20 ans portent la responsabilité de
l’échec de la politique des déchets, à savoir qu’il y a « urgence »,
que « les décharges débordent », qu’il faut savoir être
« réaliste », etc.,
bref, on le sent venir, le Parti de Gauche conclut « que l’incinérateur n’est pas à bannir »
et se justifie en rappelant que d’autres industries sont polluantes, donc, le passage par la filière incinération
lui semble quasi obligé.
Pour argumenter, le
PG exhibe des chiffres datant de 2008 selon lesquels La Réunion produit 1337
tonnes/jour de déchets ménagers et assimilés (DMA) par jour. Soyons précis et informons le PG que La Réunion produit 646
tonnes/jour d’ordures ménagères résiduelles (OMR, chiffres 2011), catégorie
plus fiable que les DMA dont le tonnage est très variable d’une année à
l’autre. Le Réunionnais ne produit
en réalité pas plus de déchets que le métropolitain.
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Structure d'un centre d'enfouissement des REFIOMS |
Sur le fond, la
position du PG apparaît peu cohérente : on ne peut pas d’un côté dénoncer les
multinationales et de l’autre accepter la mise en place d’une filière
d’incinération des déchets en évoquant qui plus est la gestion citoyenne du
service public ! Sur les impacts négatifs de cette filière, le PG ne dit
mot des questions de santé publique qu’il semble prêt à sacrifier sur l’autel
du réalisme, rien sur les émissions de plomb, de mercure, de cadmium, rien sur
la déresponsabilisation des usagers qui résulte de cette filière, rien sur les dizaines
de milliers de tonnes de résidus hautement toxiques (de mâchefers et REFIOMS) produites
annuellement par la combustion et dont certains, les REFIOMS, devront être
traités avant de les enfouir en créant un centre d’enfouissement spécial, rien
sur le fait que, l’incinérateur devant fonctionner 24 h/24, nombre de déchets pourtant recyclables
sont en fait incinérés, etc.
Quant à l’objectif
« zéro déchet » défendu par nos amis du Collectif éponyme, il n’a
rien d’utopique, il est même soutenu par le Ministère de l’Ecologie. A la
différence des traitements traditionnels (incinération, TMB, etc.), il s’inscrit
dans une démarche citoyenne visant précisément à changer notre rapport aux
déchets que notre mode de consommation produit. L’exemple de San Francisco et
de nombreuses villes européennes qui s’engagent efficacement dans cette
démarche, en montre tous les avantages, notamment en termes de créations
d’emplois pérennes et en termes de coûts, beaucoup moins élevés que l’incinération ou l’enfouissement. Mais
pour cela, il faut le courage de repenser entièrement notre mode de gestion des
déchets et le soustraire aux multinationales en y associant les citoyens qui deviennent ainsi acteurs de leur
développement.
Alors, camarades du
Parti de Gauche, à vous d’affiner votre analyse si vous voulez vraiment d’une
« gestion désintéressée au service des citoyens » !