samedi 29 octobre 2011

LA RÉUNION FACE AUX CRISES




Toute crise est révélatrice d’un certain état de la société et notamment de ses carences institutionnelles. On se souvient par exemple des dysfonctionnements et des carences des autorités sanitaires locales lors de la crise du chikungunya en 2005-2006 à La Réunion. Mais alors qu’une crise devrait être l’occasion pour les acteurs d’apprendre et d’en tirer des leçons, les autorités publiques et les élus réunionnais semblent toujours aussi désemparés et en sont réduits e plus souvent à des réactions plus émotionnelles que rationnelles.

Notre île est en train de vivre deux crises quasi concomitantes, depuis un mois, le risque requin et aujourd’hui, l’incendie du Maïdo qui survient un an après celui de 2010. Deux crises qui se transforment en psychodrames tant les acteurs semblent dépassés par les événements et incapables de répondre aux attentes et exigences légitimes de l’opinion.

Il y a un mois, le Préfet décrétait une absurde campagne d’élimination des requins qui finira pitoyablement par la mort d’un seul animal, aujourd’hui, le même Préfet, sans pouvoir exhiber une véritable preuve, évoque un mystérieux groupe de pyromanes. Et de même qu’il y a un mois, le Conseil Régional s’emballait pour les fameux shark shields, de même aujourd’hui, les élus de tous bords réclament la venue d’un Dash 8 supposé avoir le pouvoir magique d’éteindre l’incendie.

Incapables de comprendre la nature du problème auquel ils sont confrontés, les « décideurs » se réfugient dans l’espoir d’une solution purement « technique ». L’affaire des requins par exemple, n’a conduit aucun élu, aucun responsable à s’interroger sur la pertinence des choix opérés depuis des années en matière de développements économique et touristique tous orientés vers les activités en milieu marin. Le risque requin est un risque naturel sur une île de l’Océan Indien mais c’est un risque socialisé dans une société qui privilégie à outrance sur l’une de ses côtes un développement inconsidéré de l’urbanisation, du bétonnage et la multiplication des activités nautiques. L’artificialisation du littoral, l’érosion des côtes, les rejets en mer de tous nos effluents, l’annexion du milieu marin pour les loisirs constituent le fond du problème mais si on se focalise de manière irrationnelle sur la « responsabilité « des requins, on ne fait qu’éviter de poser les véritables questions.

De la même façon, le risque incendie ne saurait être conjuré par la venue d’un bombardier d’eau par ailleurs inadapté au milieu réunionnais ( apparemment beaucoup ont oublié qu’en 2010, le Dash était cloué au sol dès que les nuages arrivaient en fin de matinée). Pour une fois, le Préfet a raison, c’est une affaire d’hommes sur le terrain. Mais c’est d’abord une affaire d’hommes et de moyens en termes de prévention de l’incendie car à tout le moins, il faut se donner les moyens de le circonscrire le plus rapidement possible. En effet, la croissance démographique a comme conséquence inévitable une augmentation de la fréquentation du milieu forestier par les usagers et donc une augmentation du risque incendie qu’il soit involontaire ou non. Le 22 octobre 2010, lors d’une conférence de presse in situ, Christophe Pomez et moi, nous avions préconisé un certain nombre de solutions après l’incendie de 2010. Notamment la création d’une force permanente de protection civile de la zone Océan Indien qui aurait vocation à pouvoir intervenir dans les pays de la zone avec lesquels nous aurions bâti un partenariat. Il aura fallu un nouvel incendie pour que cette idée soit reprise aujourd’hui par des élus. Nous préconisions aussi de bâtir un véritable outil de gestion des risques assumant l’articulation et la coordination de tous les éléments de la « chaîne du risque » : connaissance, prévention, protection, prévision, alerte, gestion de crise, assurances, implication des acteurs non institutionnels dans les prises de décisions, notamment les associations environnementales dont l’expertise est précieuse et le recours aux « bonnes pratiques » créatrices d’emplois. Mais rien n’a été fait et aujourd’hui, les réunionnais ont le même sentiment d’impuissance qu’en 2010 devant la catastrophe écologique qui se profile.

vendredi 28 octobre 2011

TEREOS INTERNACIONAL À LA RÉUNION


La nouvelle passe quasiment inaperçue. Mais Tereos vient de vendre sa filiale Soleo. C'est ici. Pour mémoire, rappelons qu'en 2010, sans qu'il y ait eu à La Réunion beaucoup de réactions, le groupe agro-industriel Tereos a fait main basse sur plus de 70 % des terres arables de La Réunion en achetant en 2010 le groupe Quartier Français qui avait acquis Soleo en 2009. Désormais Tereos contrôle 100 % de la filière canne. En réalité cette dernière n'est pas détenue par la maison mère, Tereos, mais par sa filiale brésilienne, Tereos Internacional, dédiée à la production des agrocarburants. L'achat de Quartier Français correspond à une stratégie de développement de la société brésilienne qui n'a cependant que faire de certains actifs acquis par le groupe réunionnais et qui ne rentrent pas dans ces objectifs. Ainsi, Mascarin et "Quartier Français spiritueux" vont être vendus. Aujourd'hui c'est donc l'entreprise portoise Soléo qui est vendue à un groupe métropolitain, Terralis, qui investit dans les énergies alternatives, l'éolien et le photovoltaïque. On voit les conséquences de la main mise de Tereos Internacional sur le secteur agro industriel réunionnais, hier fer de lance de l'économie locale : ce sont des pans entiers de l'activité économique qui passent entre les mains de sociétés non réunionnaises. Il faut aussi savoir que Tereos Internacional est l'un des principaux acteurs de l'accaparement des terres notamment en Afrique. Le groupe a ainsi obtenu une concession de 100 000 hectares au Mozambique, pour une durée de 150 ans, dont 15 000 ha sont déjà utilisés pour la culture de la canne à sucre en vue de la production d'agro carburants. En octobre 2010, Tereos Internacional signait un accord avec Petrobras, le géant pétrolier brésilien, un contrat de plus de 900 millions d'euros portant sur la fourniture d'éthanol. Tereos Internacional, Bolloré ou Dreyfus et de grands fonds d'investissements internationaux, sont les acteurs majeurs de ce type d'agriculture purement spéculative puisque l'objectif est de spéculer sur le marché des agro carburants et des matières premières agricoles dont toutes les études de la Banque Mondiale, montrent qu'il s'agira d'un marché extrêmement rentable dans les années à venir. Alors, évidemment la vente d'une petite société portoise (trois salariés) peut sembler anecdotique, elle est néanmoins une parfaite illustration du démantèlement du secteur industriel réunionnais dans le cadre de la mondialisation, elle illustre aussi la fin d'un capitalisme patrimonial et l'incapacité pour les acteurs économiques locaux à garder la main sur les grandes orientations du développement de La Réunion.


lundi 26 septembre 2011

LE LOBBY DE LA ROUTE À LA RÉUNION

Puissance du lobby de la route à La Réunion

Ce lobby a non seulement des portes-voix politiques au Conseil Régional (Vergoz et Didier Robert) il a aussi pris les rênes à la Chambre de Commerce. Par exemple, la Commission "Transport" de la CCIR est constituée de la fine fleur du lobby pro routier à commencer par son Président, Jean-Bernard Caroupaye, qui préside aussi aux destinées de la FNTR (voir ici) et son Vice Président, Ary-Claude Caro, le Président du syndicat des artisans taxis de la Réunion, tous sont, on s'en doute, des amis des transports en commun comme on peut le voir ici par exemple.
On se souvient aussi de la tentative d'Air France de mettre en place une navette pour aller de Gillot à Saint Pierre au prix de 20 euros contre actuellement 150 euros que doivent débourser les arrivants qui sont réduits à prendre le taxi. Bien évidemment les taxiteurs qui détiennent là un monopole juteux, ont menacé de bloquer les route jusqu'à ce qu'Air France renonce. Ainsi, 28 taxiteurs peuvent imposer leur loi à La Réunion. Le prix de la course en taxi de Gillot à Saint-Denis, soit 8 km est à 22 euros, un record dans l'hémisphère sud. Par exemple, à Singapour qui est une des villes les plus chères au monde, une course en taxi de 5 km en centre ville coûte moins de 5 euros et le trajet de 20 km entre l'aéroport Changi et le centre de Singapour City, coûte environ 12 euros dans la journée et un peu moins de 15 euros pendant la nuit. Alors si on compare avec les 150 euros de nos taxiteurs....


Opération escargots des taxiteurs contre la navette Air France

dimanche 25 septembre 2011

QUELLE MOBILITÉ À LA RÉUNION ?

Du 16 au 22 septembre 2011, c'était la "Semaine de la Mobilité", événement censé promouvoir les solutions alternatives à l'automobile. Événement animé par les "acteurs institutionnels" comme notre amie La Région dont la nouvelle majorité est la bienfaitrice du lobby de la route ou encore la CCIR, dont elle aussi, la nouvelle majorité est "dévouée" à la cause du tout routier. Ainsi la CCIR a organisé le 21 septembre un "Séminaire" sur la mobilité alternative (voir le programme ici).


Article du Quotidien



Bangkok comme modèle ?

La presse en a (un peu) rendu compte comme par exemple le Quotidien qui rapporte notamment les propos du Président de la Commission Transport de la Chambre de Commerce. Parmi les "propositions révolutionnaires" de cet ami de la mobilité, des parkings relais surveillés (!), la superposition des routes en aérien ou en souterrain (!!) et des téléphériques ! Pourquoi des téléphériques ? Parce que conscient que le développement du tout routier conduit à immobiliser de plus en plus les usagers, Caroupaye, veut que les usagers prennent la voie des airs pour s'extraire des lieux asphyxiés par l'automobile !

SILENCE ON DÉTRUIT UN SITE NATUREL !

Dans un excellent article paru le jeudi 15 septembre 2011, Le Quotidien fait état de la destruction (il n'y a pas d'autres termes !) d'un îlet à Cilaos, au lieu dit "L'équerre" par un exploitant de carrière. L'îlet et toute la végétation qui le recouvre disparaissent progressivement. Les protestations des habitants n'y font rien. Mais le pire est ce que nous apprend le journaliste. En effet, d'après lui, c'est après que la mairie de Saint Louis, en 2005, ait modifié "en urgence" son PLU que cet "espace boisé sensible" a pu être déclassé en zone NDc, c'est-à-dire en zone d'exploitation de carrière. Or, non seulement la commission des sites n'a pas été consultée mais la Préfecture a autorisé l'exploitation en juillet 2008 en contradiction avec le SDC, le Schéma Départemental des Carrières qui interdit les extractions dans les ravines et lits des rivières. Le Quotidien avait déjà fait un article en septembre 2008 mais apparemment, personne ne semble s'émouvoir de cette destruction d'un site naturel.

mardi 28 juin 2011

10 ANS DE COMBATS CONTRE L'INCINÉRATEUR


Débat avec Cyril Hamilcaro en charge en février 2007 du dossier incinérateur dans le sud

2001 : naissance de la contestation de l'incinération, première manif...

Au nom des Verts, Marie Cécile Seigle Vatte et moi-même, nous posons la première pierre de la bataille contre le projet du Conseil Général. Il y a dix ans, nous préconisions déjà la prévention, la réduction à la source, le tri, la méthanisation, la création de recycleries en insistant sur le gisement d'emplois potentiels, etc. A ce jour aucune recyclerie n'a été créée.



Malgré ça, le Conseil Général, le lendemain vote le projet sans opposition




Le 15 décembre 2001, contactés par l'Association du Temple, nous manifestons à Bois Rouge et prenons la parole devant la mairie de Saint André pour dire non au projet d'incinérateur. Pour la première fois les idées écologistes trouvent un écho important au sein de la population.


Ce succès attire quelques arrivistes. Nous condamnons la tentative de récupération politicienne d'une poignée de militants de Parnouminm.


2002-2003 : ça n'avance pas : les élus sont très majoritairement favorables à l'incinération mais rien ne se fait.

L'UFC Que Choisir dit non


La SREPEN se prononce contre

Ibrahim Dindar parlant du plan et des incinérateurs : "les choses avancent lentement mais sûrement". Ils doivent être construits en 2010.


2004 : la CFDT se prononce contre l'incinération


2005 : Gérard Lacroix, ex vert et militant écologiste mène le combat avec UFC Que Choisir et dépose un recours devant le Tribunal Administratif.


2006 : Le PCR se prononce contre l'incinération. Dominique de Villepin Premier Ministre de passage à La Réunion puis Mme Nelly Olin, ministre de l'écologie, pressent les élus de mettre en place une filière d'incinération des déchets ménagers. Devant le danger, ACCIDOM se crée ainsi que d'autres associations anti incinération...

ACCIDOM est créée le 6 mai 2006. En congé des Verts, je rédige les statuts de l'association et en devient le porte parole, elle est présidée par le Dr Edwards et se revendique indépendante politiquement.




ACCIDOM fait une conférence de presse mais organise aussi des réunions de quartier dans le sud et fait signer une pétition à plusieurs milliers de personnes.


Le Préfet Laurent Cayrel, profitant de l'émotion suscitée par le Chik, tente de forcer le passage pour l'incinération et accuse ACCIDOM de ne pas être suffisamment informé sur la question de l'incinération.

ACCIDOM répond au Préfet et demande la mise en place d'un débat public.


Les élus craquent, ceux de la CIVIS les premiers, virent de bord. Le Préfet, lui, est parti...






En quelques mois, l'opinion a basculé.

Le 4 septembre 2006, lors de la visite du Ministre Baroin, ACCIDOM publie un appel dans la presse pour réclamer à nouveau un débat public :
"M. LE MINISTRE , LA REUNION VEUT UN DEBAT PUBLIC SUR L’INCINERATION"


Finalement, le nouveau Préfet, Pierre Henry Maccioni, accède à la demande d'ACCIDOM et met en place une concertation publique.
le 3 octobre s'ouvre la première séance de l'ILC, Instance Locale de Concertation en présence du Préfet Maccioni. ACCIDOM mais aussi le GAC, la SREPEN, Conscience Créole, Ecologie Réunion, Association contre le Chik, participeront aux débats avec les services de l'Etat et les institutionnels et les collectivités.
ACCIDOM prend note de la venue de deux experts "indépendants" mais réclame la venue de "son" expert. Après tractations la Préfecture acceptera de payer le voyage et le séjour de Pierre Emmanuel Neurhor, fondateur du CNIID, le Centre National d'Information Indépendante sur les Déchets. Elle s'en mordra les doigts, PE Neurhor mettant à mal l'argumentaire des pro incinération.



Toutes les associations sont invitées par le Département à un voyage d'études afin d'étudier les alternatives à l'incinération.


2007 L'incinération est dans les choux. ACCIDOM débat avec Cyril Hamilcaro qui concède un moratoire. ACCIDOM refuse aussi une rencontre "arrangée" devant les médias avec Dominique Voynet, candidate verte à la Présidentielle de 2007, l'indépendance politique de l'association étant un élément essentiel de son action.



La concertation a refroidi les ardeurs du lobby pro incinération mais la "guerre" n'est pas finie, loin de là...



Toute décision est repoussée à 2008. Il y aura des élections et le PDEDMA devra être révisé.


2008, année où la majorité bascule au CG en mars, les élus hostiles à l'incinération deviennent majoritaires, ça tombe bien, le PDEDMA doit être révisé.


ACCIDOM incite les nouveaux élus à prendre leurs responsabilités



L'Etat sent que la filière d'incinération est mal partie....



Le Préfet fait pression sur les élus des diverses collectivités afin qu'un syndicat mixte soit créé au 1er juillet 2008. ACCIDOM continue à faire pression.


En 2009, une nouvelle association anti incinération, l'ARMSE, apparaît, créée par Le Dr Olivier Heye, Vanessa Miranville et le Docteur Bourgeon. Elle se focalise surtout sur les problèmes de santé et préconise à l'époque le tri mécano biologique.


Le 17 décembre 2009, le Comité de Pilotage du CG dévoile le projet de nouveau PDEDMA, il repose sur le scénario dit de "stabilisation" : l'incinération est écartée mais au profit du TMB, le tri mécano biologique qui n'est pas une solution acceptable pour les écologistes. ACCIDOM et Noël Mamère, présent à La Réunion, dénoncent le manque d'imagination et d'audace d'un tel projet.


En 2010, le Préfet rejette le projet de PDEDMA


ACCIDOM réplique

Le 12 décembre KER fait une conférence de presse pour présenter son mémorandum déchets. Il y est dit notamment sur le TMB :

"....De même qu’on ne construit pas un Plan déchets autour de la filière d’incinération des déchets (c’était le cas des précédents PDEDMA), de même, on ne peut construire un Plan déchets simplement sur une stratégie d’évitement de l’incinération car alors on n’a d’autre alternative que l’enfouissement. C’est pourtant ce que font de nombreux Conseils Généraux soucieux de ne pas déplaire aux électeurs hostiles à l’incinération. C’est le cas pour l’actuel projet du Conseil Général de La Réunion. Le Département a choisi en effet un scénario dit de « stabilisation des déchets » par TMB, le tri mécano biologique. Or, le traitement par TMB pose un certain nombre de problèmes.

En effet, le tri mécano biologique ne répond que très partiellement la question « comment se débarrasser d’une grande quantité de déchets » car il n’implique ni les producteurs ni les usagers. Pour les écologistes le TMB est avant tout un « facteur de déresponsabilisation » puisqu’une machine se charge de trier à la place des habitants. D’autre part, ce mode de traitement n’a de sens que s’il y a des débouchés, notamment pour le compost. L’équilibre financier est difficile à trouver « car le prix de vente des composts reste faible et très dépendant du contexte local [1]». D’autre part, le risque de production d’un compost non conforme renchérit la gestion des déchets car il n’y a alors d’autres solutions que l’enfouissement. Le coût du stockage s’ajoute alors au coût du TMB.

Donc le scénario choisi par le Département pose plus de problèmes qu’il n’en résout. Avec un taux actuel de 84 % d’enfouissement (contre 34 % en métropole et entre 1 et 4 % pour les pays d’Europe du Nord), La Réunion peut-elle s’engager dans la construction d’usines de TMB avec le risque d’avoir à enfouir des tonnes de composts non conformes ou refusées par le monde agricole ?

D’autant plus que la Commission Européenne prévoit d’établir de nouvelles normes de qualité sur les composts issus de déchets, évolution qui engendrera inévitablement des surcoûts pour améliorer la performance des installations.

A quoi il faut ajouter la question de l’emploi : est-il pertinent de procéder à la mise en place d’installation de tri mécanique dans une île où le taux de chômage atteint les 30 % ? Nous sommes partisans d’en rester au tri manuel et de favoriser l’emploi.

C’est donc la solution du tri en amont, à la source, qui doit être privilégiée avec la mise en place d’une collecte séparative des biodéchets...."


[1] Voir le rapport du Sénat (septembre 2010)


En 2011, le CG est sous la pression des services de l'Etat, c'est le retour discret de l'incinération.
En janvier la Commission d'enquête dit non au projet de PDEDMA
KER réagit aussitôt lors d'une conférence de presse le 15 janvier, c'est ici.


Le 25 juin, on apprend par la bouche de M. Alamélou, Vice Président du Conseil Général, que le PDEDMA inclura un incinérateur pour les boues et déchets verts.




Le 27 juin, KER réagit aux propos M. Alamélou, c'est ici.

INCINÉRATEUR, LE RETOUR PAR LA PETITE PORTE ?

Le 29 juin prochain, en Assemblée Plénière, le Conseil Général devrait approuver un nouveau Plan d’Elimination des Déchets Ménagers et Assimilés (PDEDMA), un Plan qui aura connu bien des vicissitudes depuis qu’il est de la compétence du Département. En effet, il y a à peine dix ans, les Conseillers Généraux étaient encore tous favorables à la construction de deux incinérateurs mais après un long et efficace travail de sensibilisation mené par les associations écologistes anti incinération, de nombreux élus ont revu leur position et à la suite du renversement de majorité en mars 2008, très logiquement la collectivité a élaboré, au grand dam de l’Etat, un nouveau Plan écartant l’option incinération.

Mais en 2010, le Préfet de La Réunion, sur la base d’une lecture biaisée de l’article 46 de la « loi Grenelle 1 », a rejeté le nouveau Plan en contestant l’abandon de la filière d’incinération et lui a reproché entre autre de ne pas donner une réponse claire à la question du traitement des boues des stations d’épuration. Aujourd’hui, Daniel Alamélou nouveau Vice Présidente délégué à l’Environnement, qui vient tout juste de succéder à Eric Fruteau, annonce qu’en accord avec les services de l’Etat, le PDEDMA a été modifié pour inclure la construction d’un incinérateur dont il nous assure qu’il ne servira qu’à l’incinération des boues de stations d’épuration et des déchets verts.

Nous sommes cependant en droit de nous poser la question : après avoir été écarté, l’incinérateur n’est-il pas en train de revenir discrètement par la petite porte ? En effet, l’argumentation de M. Alamélou n’est pas très solide. Il nous dit que « l’essentiel des boues sera utilisé en fertilisation agricole » et que l’incinération en concernera que les « surplus », or, les investissements et les coûts de fonctionnement d’un incinérateur font que cette « solution » n’est rentable que pour les gros gisements de boues issus de grandes stations d’épuration. Donc, la construction d’un incinérateur uniquement pour les boues et les déchets verts « en surplus » ne se justifie pas sauf si on projette sans vraiment le dire, de voir à terme cette installation incinérer aussi des déchets ménagers. L’incinération signifierait d’autre part l’abandon de la méthanisation des boues qui était pourtant une priorité du Plan. Car les boues d’épuration mais aussi les déchets d’élevages et agricoles et déchets industriels traités par méthanisation produisent une énergie renouvelable sous forme de biogaz pouvant être transformé en chaleur, électricité et carburant pour véhicules, ainsi qu'en amendement agricole de grande qualité. La méthanisation des boues est donc une voie pleine d’avenir c’est pourquoi le choix de mettre en place une installation d’incinération des boues constitue un signal très inquiétant.

D’autant plus que le PDEDMA repose pour l’essentiel sur le recours au tri mécano biologique (le TMB) dont nous avons déjà dit qu’il est un facteur de déresponsabilisation puisque c’est une technologie qui n’implique ni les producteurs ni les usagers, une machine se chargeant de trier à la place des usagers.

Tous ces éléments font que le PDEDMA proposé au vote des Conseillers Généraux le 29 juin, en choisissant l’incinération des boues d’épuration fait planer une menace sur les opportunités de production d’énergie renouvelable offertes par leur méthanisation, il ne permet pas non plus, du fait du recours au tri mécano biologique, la mise en place d’une véritable et audacieuse politique de création d’emplois de proximité dans le domaine de la valorisation et du recyclage.